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Un spectacle à découvrir d’urgence
Dans le rythme frénétique d’une grande ville déshumanisée, deux familles se retrouvent contraintes de partager le même appartement. D’un côté une mère célibataire et son fils à la recherche d’un emploi, d’un autre un couple et leur deux enfants étudiants. Chacun traverse son quotidien en essayant de s’en sortir comme il peut au milieu de l’idéologie écrasante et omniprésente : « A chacun selon son mérite ».
Dans une mise en scène originale où se côtoient différents îlots représentant les couloirs des transports en commun, le salon et la salle de bain, le public suit chaque personnage dans son épopée quotidienne. Nous sommes tour à tour témoin des errances d’une adolescente un peu perdue mais pleine de rêves, d’un étudiant à la veille de son grand oral ou encore d’adultes confrontés à un monde du travail impitoyable.
Ce tourbillon de vie dans lequel malgré tout on s’aime, on se quitte, on rêve et on se cherche est entrecoupé de chansons, de musique et de mouvements de danse qui sont l’expression de l’intériorité de chacun des personnages. Choisiront-ils d’échanger la partie de leur corps qui représente le mal qui les ronge comme le leur propose le fantomatique « transbordeur » ?
Une thérapie urbaine collective
Cette pièce d’Aline César qui oscille entre drame et humour absurde apporte un éclairage particulier sur toutes les petites phrases assassines qui font partie du langage commun « Quand on veut on peut », « Aide-toi le ciel t’aidera » etc. Qu’en est-il vraiment de notre pouvoir sur les choses dans une société où le destin social de chacun semble tout tracé ? Est-il encore possible de réenchanter notre quotidien ou ne sommes-nous plus que des automates ?
Les spectateurs usagers des transports en commun pourront également exorciser leurs frustrations quotidiennes en se régalant des parcours des différents personnages dans les itinéraires sur tapis roulant qui les mènent la plupart du temps à des quais bondés pour cause de trains annulés.
« Mesdames, Messieurs, le train nommé Exil annoncé voie 43 aura un retard de 30 minutes toutes les demi-heures […] vous pouvez emprunter les correspondances, sans garantie de concordance du temps.»
Un spectacle à découvrir d’urgence au Théâtre de Belleville, dernière le 24 Janvier 2016.
Esprit Paillettes.com / 18 janvier 2016
Une postmodernité à l’arrière-goût 1984
Sur un tableau noir est dessiné à la craie le plan d’une ville dont les jeunes Lucie et Jonathan nous livrent symboliquement la clé, nous en expliquant la sectorisation et les itinéraires obligatoires, puis en nous racontant la légende du mystérieux transbordeur disparu, aux pouvoirs étranges, qui à une époque assurait la traversée du canal. Le paysage tracé est donc urbain contemporain, en apparence ordinaire, mais en réalité cette cité phagocytaire dépeint une postmodernité à l’arrière-goût 1984.
Dans un appartement des quartiers défavorisés se retrouve, par nécessité, une famille recomposée. Il y a la pétillante Lucie, son frère Alexandre, sa mère Charlotte, et son père Carlos, qui sont hébergés par l’ex-femme de ce dernier, Ysmène, qui, elle, a aussi un fils, Jonathan. Lucie et Jonathan vont se lier d’amitié, mais pour le reste tout va mal. Leur situation est d’autant plus compliquée, moralement et matériellement, que seules les deux mères de famille travaillent, les hommes étant au chômage et Alexandre étant encore étudiant. Le malaise s’installe, inévitablement, tout comme les frustrations, les angoisses. Les six personnages se débattent, malgré eux, tels des pantins s’agitant au gré des trajectoires automatisées prédéfinies par le système, impitoyable. Leur quotidien est une absurde et impossible course à la gestion du temps, imposée par la réglementation stricte, déshumanisée à l’extrême. Les tensions montent, à l’extérieur, comme au sein du foyer, les adultes sont sur le point de baisser les bras, les jeunes ne croient plus vraiment à l’avenir. Face à cette désespérance, l’unique issue semble être l’effrayant transbordeur, à qui chacun va finir par faire appel. Mais est-ce vraiment la bonne solution ?…
La pièce est certes dérangeante, mais dans le bon sens du terme, car elle nous fait prendre conscience du danger de la régulation généralisée, de l’instrumentalisation, de la manipulation du fonctionnement automatisant de ces métropoles de plus en plus prédatrices de libertés. Le signal d’alarme est tiré : lorsqu’il n’y a plus d’issue, dans une société de préjugés, insidieusement conditionnante avec ses petites phrases toutes faites et mine de rien assassines, il y a grand risque de résignation, ou de rébellion, ou de violence. Et pire encore, risque d’anéantissement de l’espoir d’une jeunesse à la dérive.
Les comédiens sont convaincants, attachants, troublants même… Ils sont à fond, entiers, ils vont jusqu’au bout de leur enthousiasme, comme de leurs souffrances. Ils évoluent avec précision, force et dextérité. Ils chantent, ils dansent aussi, ils se dédoublent et redoublent d’énergie dans l’espace scénique créé par des jeux de lumières. Il y a de beaux plans cinéma. Le message passe.
Définitivement, il faut comprendre et résister, aidons-nous, aidez-vous, aidons-les, allez les voir !
Regarts.org / Luana Kim / janvier 2016
Un autre monde
Une intrigue, qui se déroule dans une grande ville, et aussi une recherche littéraire sur l’univers des « lieux communs ». Des petites phrases qui véhiculent l’idéologie paternaliste et nous ramènent au temps des institutions de charité chrétienne du XIXème siècle. Cette morale qui exerçait une violence symbolique et insidieuse, en culpabilisant ceux qui échouaient… C’est un monde où pourraient se confronter, Georges ORWELL, KAFKA ou Alfred JARRY. Un autre monde, où les personnages ne peuvent plus supporter leurs positions sociales, et les tensions familiales. Ils ressentent le besoin de « bouger », pour « changer ».
Sorties à Paris / Fabienne Schouler / 17 janvier 2016
Six comédiens très expressifs et toniques
Aide-toi le ciel…t’aidera ou pas ? Voilà la question à laquelle Aline César, auteur et metteur en scène, nous invite à réfléchir. Créée en 2009 par la Compagnie Asphalte, cette pièce jouée sur la scène du dynamique « théâtre de Belleville » par six comédiens très expressifs et toniques, nous entraîne dans l’histoire d’une famille recomposée qui loge chez la première épouse du père pour cause économique, avec en fond, une ville géante et codifiée, non matérialisée. Chacun des personnages rêve d’une situation meilleure et voudrait réussir à s’échapper d’un quotidien défavorisé, tant socialement que physiquement, envisageant même de changer sa propre « rate » pour ne plus se faire de la « bile ».
Aline César analyse les croyances populaires du type : » On n’a que ce qu’on mérite ; Si tu veux, tu peux… » et bien sûr celle donnée en titre à sa pièce volontairement tronqué car, dans son théâtre visuel, elle nous montre bien que le « ciel » ou la religion ne peuvent pas aider à modifier les inégalités sociales, ainsi que celles entre hommes et femmes, mais bien au contraire. Derrière des chants, des danses, des chorégraphies, existe bien une vision politique incitant le spectateur à réfléchir et à ne pas répéter des phrases lapidaires, définitives et culpabilisantes.
Cet éclairage par le théâtre est intéressant et pose la vraie question : la vie de chaque être est-elle tracée d’avance ou bien est-il possible de savoir profiter du hasard ? Doit-on perpétuer ces dictons populaires et croire que tout est toujours possible, ou bien penser qu’il n’en est rien et continuer le combat social et politique ? Allez, soyons plein d’espoir en 2016…
Sortiz.com / Christian Le Besnerais / janvier 2016
La compagnie Asphalte donne un coup de pouce au destin
La Compagnie Asphalte reprend le spectacle qu’elle a créé en 2009 pour interroger à nouveau le questionnement qui l’a fait naître : quid des déterminismes sociaux et de la charité qui les défend pour mieux les verrouiller ?
« Aide-toi le ciel questionne ces discours, médiatiques, politiques, économiques, qui justifient les inégalités sociales et en font un ciment pour la société. Comment des croyances sociales profondément ancrées font passer les inégalités sociales pour une fatalité ? Partant, comment ces inégalités cessent de nous révolter ? Comment la croyance en un destin social nous enferme et conditionne nos rêves et notre vision de nous-mêmes, du monde ? » Dans la ville imaginaire de Vilvitrive, une famille recomposée emménage dans l’appartement de l’ex-femme du père, qui vit avec son fils, en haut d’une tour. Un soir, un mystérieux transbordeur apparaît dans la salle de bain et propose à tous les membres de la famille d’échanger la part d’eux-mêmes porteuse du mal qui les ronge. Suffira-t-il d’un nouveau cœur, d’un nouveau cerveau, d’autres yeux pour enfin surmonter la nécessité et prendre son destin en main ? On peut quand on veut, dit l’adage paternaliste et libéral. Mais quand on peut enfin, est-ce qu’on veut toujours ?
La Terrasse / Catherine Robert / 21 décembre 2015
Une création originale et pertinente
La proposition de Aline César est aussi ambitieuse que hardie, d’une part, en la forme, celle du conte dystopique dans lequel, paradoxalement, elle injecte une composante fantastique et des chansons.(…) Aide-toi le ciel se situe dans un futur qui peut être considéré comme relativement proche, et une société de surveillance et de contrôle foucaldienne dans laquelle les individus se débattent non seulement dans des situations contraignantes et stressantes, voire inextricables, mais subissent une violence psychologique infligée par des tiers mais également auto-infligée dès lors qu’ils se considèrent comme responsable de leur échec. (…)
La scénographie simple mais astucieuse de Catherine Teilhet rend crédible la situation, ce qui est méritoire car grande est la difficulté, et la mise en scène d’Aline César (…) mise fort judicieusement sur la gestuelle et la dramaturgie du corps pour trouver le juste équilibre entre vraisemblance et étrangeté. Investis, tous les comédiens sont justes au jeu et au chant.
Une création originale et pertinente à inscrire à l’actif de la Compagnie Asphalte qui avait déjà séduit dans un registre totalement différent avec Trouble dans la représentation.
Froggy’s delight / Martine Piazzon / 24 janvier 2016
Interview d’Aline César
Radio Libertaire / « Tempête sur les planches » / Thomas Hahn / 10 janvier 2016